Des châteaux et des dames

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Appartements Royaux I Chateau Royal De Blois Garde Robe De La Reine T. Bourgoin

Les femmes, gardiennes parfois oubliées, ont pourtant eu une place importante au sein des châteaux. Nombre d’entre elles ont marqué ces lieux, à commencer par Chambord, puis Chaumont-sur-Loire, Cheverny et Blois.
Vous y découvrirez les femmes nobles ou non, dont l’empreinte a été gravée au cœur de ces lieux d’exception.

Mémoires féminines à Chambord

Commandé par François Ier après sa victoire à Marignan, le château de Chambord est le plus vaste et le plus majestueux des châteaux de la Loire. S’il symbolise la grandeur des rois de France, il a aussi été le lieu de passage de nombreuses femmes, membres de la famille royale, grandes dames de la
cour, administratrices et simples habitantes des environs.

De leur premier propriétaire, François Ier, à leur dernier, Henri, duc de Bordeaux, en passant par Gaston d’Orléans, Louis XIV, Stanislas Leszczynski et Maurice de Saxe, le château de Chambord et son impressionnant domaine de chasse sont associés aux grands hommes de l’Histoire de France. Mais ce fleuron de l’architecture de la Renaissance, établi au coeur des terres marécageuses de Sologne à partir de 1519 et qui a connu de nombreuses péripéties à travers les régimes politiques successifs avant de devenir propriété de l’État en 1930, a aussi été marqué par la présence de nombreuses femmes, qu’elles soient de sang royal, de l’aristocratie ou du commun.
De célèbres légendes concernent l’univers féminin à Chambord, la plus connue de toutes étant la fameuse maxime, attribuée à François Ier, inscrite sur le vitrail d’un cabinet du château : « Souvent femme varie, mal habil qui s’y fie. » On narre aussi une scène pleine de sensualité lors de la visite de Charles Quint en décembre 1539, à l’approche de la fin des travaux du château, qui avait été accueilli par un groupe de nymphes et de dianes chasseresses chantant des hymnes à sa gloire et jetant des pétales de fleurs sous ses pas. Mais, loin de ces mythes historiques, les femmes ont entretenu, dès les premiers travaux du château, un lien fort avec Chambord.
C’est notamment le cas des quelques privilégiées appartenant à la “petite bande du roi”.

LA TRINITÉ D’ANGOULÊME

On trouve tout d’abord les deux femmes qui composent, avec le roi François Ier, ce que les observateurs de l’époque et les historiens appellent la Trinité d’Angoulême. Il s’agit de sa femme, Claude de France, et de sa mère, Louise de Savoie. La première, en tant que comtesse de Blois, est la véritable propriétaire du château et des terres de Chambord. Elle est présente à plusieurs reprises sur le chantier et elle assiste à la bénédiction de la première pierre du bâtiment, le 9 octobre 1519, avant de revenir pour une nouvelle visite trois mois plus tard. Tout aussi compétente en matière d’architecture que son mari (elle a notamment suivi les travaux du château de Blois), elle est impliquée au même titre que le roi sur ce projet grandiose, jusqu’à sa mort en 1524.
La mère de François Ier s’est également investie dans l’édification du château royal. Présente avec le roi et sa belle-fille lors de la cérémonie d’inauguration du chantier en 1519, elle a de grandes connaissances en architecture (elle a en effet fait doubler le château de Romorantin), si bien que son fils lui demande de réaliser des visites d’inspection des travaux. Deux éléments du château témoignent de son passage à Chambord. Le premier est l’un des chapiteaux de l’enceinte, proche de la porte d’entrée, qui porte l’allégorie de la Prudence, une référence directe au surnom de la reine mère : Dame Prudence. Le deuxième est une sculpture de femme devant un miroir dont la robe présente un pli en forme de 8 rappelant le nœud de Savoie, l’un des emblèmes de Louise. Elle meurt en 1531 et ne verra pas le château achevé.

LA PETITE BANDE DU ROI

Parmi la troupe qui accompagne François Ier lors de ses voyages à travers ses différents domaines, sa soeur, Marguerite d’Angoulême, occupe une place très importante. Elle participe à l’architecture et au suivi de chantier, et visite Chambord à trois reprises : en 1519, 1536 et 1545. Lors de son deuxième passage, elle prend note de l’achèvement officiel du donjon, du gros oeuvre et des extérieurs, mais aussi de la dorure au plomb des toits, qu’elle juge “parfaite”. En 1545, lors du plus long séjour de François Ier à Chambord, elle occupe les nouveaux bâtiments du corps de logis du roi, tout juste achevés.
On retrouve aussi, lors de ce passage de deux semaines de la cour à Chambord, la deuxième épouse du roi, Éléonore d’Autriche, ainsi que sa favorite, Anne de Pisseleu, duchesse d’Étampes. Selon la dénomination actuelle, cette dernière aurait occupé l’appartement situé juste au-dessus de celui du roi, dans la tour Robert de Parme, aujourd’hui appelé “logis de la duchesse d’Étampes”, mais rien ne semble prouver cette affirmation.

CATHERINE DE MÉDICIS ET LA COUR D’HENRI II

Mariée à Henri II, fils de François Ier, avec qui elle partage la passion de l’architecture, puis reine mère de trois rois successifs, Catherine de Médicis est certainement le personnage de la famille royale à avoir passé le plus de temps à Chambord. Présente lors du séjour de 1545, elle revient à de nombreuses reprises au château, notamment en 1550, 1552 et 1556, avec son mari. Et elle y séjourne aussi sous le règne de chacun de ses fils, avec François II en 1559, Charles IX en 1566, puis Henri III en 1575. Lors de cette visite, elle organise la réconciliation entre le roi et son frère, François-Hercule, duc d’Alençon, si bien que
Chambord devient le symbole de la concorde familiale.
Enfin, elle y invite l’ambassadeur d’Angleterre en 1581 pour discuter du mariage entre François-Hercule et Élisabeth d’Angleterre. Fille de François Ier, Marguerite de France visite Chambord en 1550 avec son frère Henri II, tout comme la belle fille du roi, Marie Stuart, reine d’Écosse puis reine de France, qui y séjourne à plusieurs reprises. La favorite d’Henri II, Diane de Poitiers, occupe un appartement du rez-de-chaussée en 1550, aux côtés de sa fille Françoise de Brézé, première dame d’honneur de Catherine de Médicis.

FEMMES ADMINISTRATRICES, FEMMES
D’ARTISANS ET FEMMES DU PEUPLE

Lorsque le château n’était pas occupé (soit la majeure partie du temps), un gouverneur était chargé de sa gestion, et ce poste a été occupé par deux femmes, qui ont chacune reçu cette charge importante après la mort de leur mari respectif.
La première est Anne Gédouin, veuve du gouverneur de Blois, qui a été nommée gouverneure de la maison royale de Chambord en 1543. Elle est l’interlocutrice du roi pour tout ce qui concerne l’administration et les finances du château, ainsi que la garde des meubles et des chambres. Sa fille, Léonore Le Breton, veuve de Claude Burgensis, est quant à elle investie en 1568, et elle le reste pendant 28 ans, jusqu’à sa mort en 1596.
D’autres femmes, du commun, apparaissent dans les archives du château et des villages environnants. Citons notamment deux épouses de Gonnin Collombet, un maître maçon savoyard qui passe 30 ans sur le chantier de Chambord. Il s’agit de Mathurine Archambault, originaire de Muides, et de Marie Briques, elle aussi native de la région.
Enfin, des femmes du peuple ont aussi été associées à Chambord dans les archives royales, notamment lors d’une visite du domaine effectuée par Henri II en 1547. Quelques habitantes fort modestes sont évoquées de manière anonyme, et une seule est nommée. Il s’agit de la Chailloue, habitant La Chaussée-le-Comte et propriétaire d’“une demi-vache” qui paît dans le parc.
Loin des idées reçues d’un château et d’un domaine exclusivement occupés par des hommes passant leur temps à chasser, Chambord a depuis ses origines été investi aussi par les femmes, et ce quel que fût leur rang.


Les grandes dames de Chaumont

Le superbe domaine de Chaumont-sur-Loire, aujourd’hui centre d’arts, d’Histoire et de nature, a appartenu à des femmes célèbres, de Catherine de Médicis à la princesse de Broglie en passant par Diane de Poitiers. Ces grandes dames ont donné à ce célèbre château sa physionomie actuelle, mais aussi son charme et son aura intemporelle.

L’histoire du château de Chaumont-sur-Loire commence vers l’an 1000 quand les premières pierres d’une forteresse sont posées pour surveiller la frontière entre les comtés de Blois et d’Anjou. Rasé par Louis XI
en 1465, l’édifice est reconstruit quelques années plus tard, dans un souci plus esthétique que guerrier cette fois-ci. C’est toutefois Charles II d’Amboise et son épouse Jeanne Malet de Graville, au tournant du XVIe siècle, qui entament la métamorphose du bâtiment en résidence d’agrément dans le style Louis XII, déjà marqué par la Renaissance. La beauté du monument ne laisse pas Catherine de Médicis insensible ; l’épouse d’Henri II et reine de France l’acquiert en 1550 pour la somme de cent vingt mille livres. Chaumont deviendra dès lors une affaire de femmes.
Durant dix années, la reine utilise vraisemblablement le château de Chaumont-sur-Loire comme rendez-vous de chasse et lieu d’étape entre Amboise et Blois. Elle n’y séjourne évidemment pas seule mais en compagnie de sa cour ainsi que d’invités un peu particuliers. Catherine de Médicis aime en effet s’entourer d’astrologues, dont le Français Michel de Nostredame, plus connu sous le nom de Nostradamus, qui la rejoint dès 1555, et le Florentin Cosimo Ruggieri, appelé Côme en France. L’un de ces astrologues aurait utilisé un miroir magique où se reflétait un rouet pour prédire la destinée des trois fils de Catherine de Médicis, qui s’inquiétait de leur sort.

DE CATHERINE DE MÉDICIS
À DIANE DE POITIERS

Le visage de François II serait d’abord apparu, le rouet faisant un tour, indiquant que son règne ne durerait qu’une année. Il fit ensuite 14 tours pour Charles IX et 15 pour Henri III. La reine n’aurait ensuite pas vu son quatrième fils, François, duc d’Alençon, dans le miroir, mais Henri de Navarre, futur Henri IV, annonçant la fin de la dynastie des Valois au profit des Bourbons.
Enfin, la reine aurait appris qu’elle mourrait “près de Saint-Germain”, ce qui l’aurait poussée à interrompre la construction du palais des Tuileries, situé près de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois. Ces prophéties alarmantes dévastent Catherine, qui ne retournera plus à Chaumont.
En 1560, après la mort d’Henri II, elle cède le château à sa rivale Diane de Poitiers en échange de Chenonceau. Diane, l’ancienne favorite d’Henri II, ne fait que des séjours ponctuels à Chaumont, mais elle accorde beaucoup de soin à poursuivre la construction du château jusqu’à sa mort en 1566. C’est elle qui donnera à l’édifice l’essentiel de sa physionomie actuelle, poursuivant et achevant les travaux des parties hautes de l’aile orientale et du châtelet d’entrée. Elle entreprend la construction du chemin de ronde à mâchicoulis et y apporte sa “signature” : les deux “D” entrelacés renvoient à l’initiale de son prénom ; le cor
de chasse, l’arc, le carquois, les flèches ainsi que les trois cercles évoquent la déesse Diane chasseresse, associée dès l’Antiquité à l’astre lunaire.

LE GOÛT DU LUXE DE
LA PRINCESSE DE BROGLIE

Le château passe ensuite de main en main durant trois siècles, avant de renaître grâce à des femmes. Le passage de Madame de Staël à Chaumont, en exil forcé par Napoléon, est l’occasion de nombreuses réceptions attirant plus d’un hôte célèbre, mais c’est avec l’arrivée de Marie Charlotte Constance Say, richissime héritière de 17 ans qui s’offre le domaine en 1875, que Chaumont-sur-Loire entre dans une ère de luxe et de faste. Avec le prince Amédée de Broglie, qu’elle épouse la même année, la princesse entreprend d’énormes travaux de réaménagement du bâtiment et de son intérieur, qu’elle confie à l’architecte Paul-Ernest Sanson. Celui-ci est également chargé d’élever de splendides écuries, considérées à l’époque comme les plus luxueuses et les plus modernes d’Europe.
Le domaine fait quant à lui l’objet d’une transformation radicale sous l’égide de l’architecte paysagiste Henri Duchêne : il y conçoit un jardin à l’anglaise offrant de vastes pelouses bordées de cèdres centenaires et d’essences choisies pour leurs couleurs variées. C’est dans cet écrin  que la princesse accueille ses nombreux hôtes, issus pour la plupart de dynasties royales, tels qu’Édouard VII d’Angleterre ou le maharadjah
de Kapürthala, qui lui offre une éléphante. Appelée Miss Pundji, elle fait la joie de la famille et de ses invités pendant une dizaine d’années. Pour divertir sa quinzaine d’invités constamment sur place, la princesse va jusqu’à faire venir la troupe de la Comédie-Française ou l’Opéra de Paris ; et elle tient à ce que son cuisinier ait toujours de quoi leur offrir un repas de fins gourmets, à n’importe quelle heure de la journée. À cause de revers financiers, la princesse cède son château à l’État en 1937. Il devient en 2007 propriété de la Région Centre-Val de Loire qui perpétue depuis, à travers sa dimension artistique et naturelle, ce goût pour la somptuosité.
De nos jours également, c’est une femme qui dirige le domaine : Chantal Colleu-Dumont. Elle s’évertue à exposer les plus grands artistes qui travaillent en corrélation avec la nature, et coordonne le célèbre
Festival international des Jardins.


L'empreinte des occupantes de Cheverny

Premier château de la Loire à avoir ouvert ses portes au public et toujours habité par les descendants de ses fondateurs, le château de Cheverny est l’un des monuments les plus visités du Val de Loire. Son histoire a été marquée par les femmes qui y ont vécu, de Marguerite Gaillard de la Morinière à Constance de Vibraye, l’actuelle propriétaire, en passant par Cécile-Élisabeth Hurault de Cheverny, marquise de Montglas.

Lorsqu’on admire sa merveilleuse façade classique qui a inspiré Hergé pour créer le fameux château de Moulinsart, il est difficile d’imaginer que le château de Cheverny était à l’origine une forteresse
dotée de tours, de tourelles, d’un pont-levis et de fossés. C’est en effet Raoult de Hurault, arrière-petit-fils de Jean Hurault, le fondateur de la dynastie, qui l’établit en 1510, à l’orée de la Sologne. Mais, en raison
de problèmes financiers, les Hurault doivent le céder.
Acheté et occupé un temps par Diane de Poitiers, favorite du roi Henri II, le château est restitué à Philippe de Hurault en 1564, mais un drame viendra le transformer à tout jamais…
Fils de Philippe de Hurault, Henri hérite de Cheverny en 1596. Marié en 1588 à Françoise Chabot, il part très tôt au service du roi, à la tête d’une armée qu’il dirige pendant les guerres menées par Henri IV.
Aussi laisse-t-il sa jeune femme seule au château et, très rapidement, la rumeur de l’infidélité de Françoise parvient jusqu’à Paris. Un jour du début de l’année 1602, parce que le roi s’est moqué de son
courtisan à ce propos, le mari trompé décide de rentrer à Cheverny. En passant les portes du château, il voit un page s’échapper par la fenêtre de la chambre de Françoise. Le malheureux se brise la jambe en
tombant et Henri l’achève d’un coup d’épée. Il laisse ensuite un terrible choix à son épouse : subir le même sort brutal que son amant ou boire le poison qu’il lui tend. Françoise décide de se donner la mort.

UNE “MERVEILLE NÉE DE L’AMOUR”,
LIEU DE GRANDES RÉCEPTIONS

Condamné par le roi à rester en exil à Cheverny pendant trois ans, Henri se remarie en 1604 avec Marguerite Gaillard de la Morinière, qui lui donne sept enfants. C’est elle qui entreprend, à partir de 1624, la construction du nouveau château de Cheverny. Le bâtiment réalisé par l’architecte Jacques Bougier, qui a déjà œuvré au château de Blois, est résolument classique. Il choisit une organisation pavillonnaire dans le grand style Louis XIII, avec une structure en brique et en pierre de Bourré, un tuffeau de la région donnant à l’édifice une blancheur et une élégance resplendissantes, rehaussées par les bustes romains ornant sa façade et les toits en dôme de ses pavillons, une nouveauté pour l’époque. Henri de Hurault décrit sa demeure comme une “merveille née de l’amour” qu’il partage avec Marguerite. Mais cette dernière meurt en 1635 et ne pourra que trop peu en profiter. Après la mort de son père en 1648, Cécile-Élisabeth Hurault de Cheverny, marquise de Montglas, se charge de superviser les derniers travaux du château.
L’intérieur est aménagé par deux grands artistes de l’époque, le menuisier Havras Hammerber et le peintre blésois Jean Mosnier, protégé de Marie de Médicis, qui réalise de nombreuses décorations sur
ses plafonds et ses murs ; de magnifiques œuvres encore visibles aujourd’hui. Cécile-Élisabeth est ce que l’on appelle à l’époque une “précieuse”. Femme d’esprit à la beauté renversante, aimant s’entourer de
penseurs et d’écrivains, elle fréquente de nombreux salons, dont celui de la Grande Mademoiselle, fille de Gaston d’Orléans, en l’honneur de laquelle elle organise de grandes réceptions et des fêtes somptueuses. La Grande Mademoiselle décrit d’ailleurs Cheverny comme “un palais enchanté” et “une maison fort belle”.

UNE GRANDE HUMANISTE AU CHÂTEAU

Dans le petit salon de Cheverny se trouve le portrait de « l’une des femmes les plus instruites et les plus modestes du XVIIIe siècle », selon un chroniqueur de l’époque. Il s’agit de Marie-Geneviève-Charlotte
Thiroux d’Arconville, tante de Marie Louise Félicité d’Angran d’Alleray, qui épouse en 1764 Louis Hurault, marquis puis comte de Vibraye. Thiroux d’Arconville est une femme au destin incroyable, pourtant oubliée aujourd’hui. Mariée à 14 ans à un conseiller du Parlement de Paris et déjà mère de trois enfants à 20 ans, elle décide de s’instruire de façon autodidacte dans une multitude de disciplines. Elle traduit des textes de l’anglais, de l’italien et du latin, s’intéresse à la botanique, à la physique, à la chimie, à l’anatomie, à l’Histoire, et mène des centaines d’expériences sur la putréfaction, dont les résultats sont salués par les scientifiques de son temps. Inspirée par les idées du mouvement des Lumières (c’est une grande admiratrice de Voltaire), elle crée son propre cabinet de curiosités, débat avec Jussieu, Malesherbes et Diderot, fonde un hospice à Meudon et écrit de nombreux romans, essais et ouvrages historiques.

 

LE CHÂTEAU ENTRE DANS L’ÈRE MODERNE
AVEC CONSTANCE DE VIBRAYE

Après être passé entre diverses mains, Cheverny redevient définitivement la propriété de la famille Hurault en 1825, qui décide de l’ouvrir au public dès 1922, tout en continuant d’occuper l’aile droite de la demeure seigneuriale. Depuis l’arrivée du couple formé par Constance et Charles-Antoine de Vibraye à la tête du château en 1994, celui-ci a entamé une mue qui lui a permis d’entrer dans une nouvelle ère, résolument moderne : ouverture du parc au public, création de plusieurs jardins, dont celui des Tulipes en 2014 et celui de l’Amour en 2019, organisation de nombreux événements et festivals, Cheverny a
développé bien des temps forts au fil de l’année.
C’est aussi le cas depuis 24 ans de l’exposition permanente intitulée Les secrets de Moulinsart qui met à l’honneur l’univers de Tintin et de ses acolytes, ou encore plus récemment avec l’édification dans le jardin des Apprentis d’une cinquantaine de monumentales sculptures en forme de coquelicots créées par l’artisan d’art Alexis Boyer.
Constance de Vibraye dirige une véritable petite entreprise, avec une équipe de 50 salariés qui passe à 70 en haute saison. Elle et son mari sont parvenus à faire du château de Cheverny un monument incontournable du Val de Loire, qui attire pas moins de 450 000 visiteurs par an, tout en continuant à l’apprécier comme un lieu de vie familiale, où ils aiment à se retrouver avec leurs trois enfants.


La résidence des Reines est à Blois

Transformé au fil des siècles par les souverains de France qui y résidaient, le château de Blois a abrité des naissances et de nombreuses intrigues royales. Trois femmes puissantes y ont laissé leur empreinte : Anne de Bretagne, Catherine et Marie de Médicis, qui y ont vécu aux XVIe et XVIIe siècles.

Résidence favorite de sept rois, dix reines et de princes en exil, le château de Blois a été construit au fil des siècles, arborant aujourd’hui trois ailes aux façades totalement différentes. Les femmes ont joué un rôle
majeur dans l’évolution architecturale de ce bâtiment exceptionnel, à commencer par Anne de Bretagne, reine de France pour la deuxième fois après son mariage avec Louis XII en 1499, qui y passe les quinze dernières années de sa vie et y rend son dernier souffle en 1514.
Symbolisant la paix entre la France et la Bretagne, la souveraine est une esthète et une importante mécène dans de nombreux domaines : elle se passionne pour les arts graphiques, l’architecture, la musique, l’art
des jardins et les arts décoratifs. Avec son époux, elle s’attache à reconstruire le château de Blois, jusque-là une forteresse médiévale, dans ce que l’on nommera plus tard le style Louis XII : le gothique flamboyant est mêlé à des éléments appartenant déjà au style Renaissance. L’aile construite par le couple royal, tout en briques roses, abrite aujourd’hui le musée des Beaux-Arts de Blois. Anne de Bretagne et Louis XII supervisent également la création de jardins Renaissance à l’ouest du château royal, aujourd’hui disparu ; la reine engage pour cela Pacello de Mercogliano, prêtre-architecte italien résidant à Amboise. Reliés au château par un pont de pierre, ces jardins s’étagent sur trois terrasses divisées en carreaux réguliers, représentant une broderie, avec une fontaine de marbre installée au croisement des allées principales (restaurées et présentées dans le château).
Lieu de promenade, de repos et de recueillement, les jardins royaux de Blois accueillent également des rassemblements poétiques, musicaux ou sportifs. Anne de Bretagne a fait ériger un charmant pavillon avec
chapelle et une orangerie, toujours visibles (Avenue Jean Laigret). La ville de Blois a recréé cette atmosphère en aménageant des jardins modernes par Gilles Clément sur les terrasses face au château mais aussi dans l’enceinte.

POUPONNIÈRE ROYALE

En 1515, François Ier monte sur le trône, lance la construction d’une nouvelle aile de style Renaissance au château de Blois et y commence l’une des plus importantes collections de livres de l’époque. La direction
des travaux est donnée à l’architecte italien Dominique de Cortone, à qui l’on doit le célèbre escalier hélicoïdal du monument. Mais, après la mort de la reine au château, en 1524, la construction s’arrête ; François Ier délaisse Blois qui devient une sorte de “pouponnière” royale où sont éduqués les enfants royaux jusqu’à Catherine de Médicis. Fille du duc d’Urbino, celle-ci devient duchesse de Bretagne puis reine de France par son mariage avec le futur roi Henri II en 1536. Elle met au monde dix enfants au château de Blois, dont trois rois de France : François II, Charles IX et Henri III.

La présence de Catherine de Médicis à Blois reste visible aujourd’hui. La chambre de la reine, dans laquelle elle serait morte en 1589, est décorée du monogramme de la souveraine : deux C entrelacés avec le H d’Henri II. La galerie de la reine, lieu de promenade intérieure au riche décor, est destinée aux réceptions. Elle accueille deux à trois bals de la cour par semaine que fréquentent les poètes et érudits : c’est là que Ronsard rencontre à Blois Cassandre Salviati, la mignonne de son célèbre poème.
Enfin, le cabinet de la reine, ou studiolo, est une pièce destinée à la lecture, au travail, à la poésie, à la méditation et aux collections. Il est orné de 180 panneaux de chêne sculptés, peints et dorés qui dissimulent quatre placards à mécanisme secret renfermant des objets d’art. Profondément marquée par la mort accidentelle d’Henri II lors d’un tournoi, Catherine doit assurer la régence et prend une part croissante dans les affaires du royaume, y compris pendant le règne d’Henri III. Elle oeuvre pour la liberté de conscience des protestants et la paix, et prône la tolérance civile. Mais sa politique échoue, et pendant longtemps on l’accuse d’être une empoisonneuse assoiffée de pouvoir et d’avoir provoqué le massacre de la Saint-Barthélemy. Aujourd’hui, les historiens réhabilitent peu à peu cette érudite, femme de sciences et de lettres, qui a courageusement tenté de préserver l’unité du royaume au milieu des guerres civiles.

MARIE DE MÉDICIS, EXILÉE À BLOIS

Marie de Médicis, lointaine cousine de Catherine, passe elle aussi des années au château de Blois durant le siècle suivant. Son séjour n’est toutefois pas volontaire. Après l’assassinat de son époux Henri IV en 1610, elle assure pendant quelques années la régence et nomme son favori Concino Concini maréchal de France. Son fils, le jeune Louis XIII, ne tarde pas à faire assassiner Concini et à exiler sa mère à Blois en
1617, mettant fin à sa régence.
Assignée à résidence, Marie entreprend de construire un pavillon dans l’angle nord-ouest du château ; elle confie ce projet à l’architecte Salomon de Brosse, qui réalisera plus tard le palais du Luxembourg
à sa demande. Une inscription dans les sous-sols de l’aile classique Gaston d’Orléans du château, bâtie entre 1635 et 1638, en laisse le souvenir.
Le 22 février 1619, lasse de l’exil et de la surveillance dont elle fait l’objet, Marie de Médicis, avec la complicité du duc d’Épernon, s’enfuit du château par une fenêtre du pavillon en chantier, en utilisant les terrassements inachevés. D’après la légende, elle aurait emprunté une échelle de corde pour s’évader…
Après avoir tenté d’organiser un soulèvement contre son fils qui échoue à la bataille des Ponts-de-Cé, la reine mère est à nouveau acceptée à la cour. C’est elle qui introduit plus tard le cardinal de Richelieu auprès du roi comme ministre, mais elle ne tarde pas à comploter contre lui et doit quitter la France en 1631. Elle ne reverra jamais Blois ni l’Hexagone, terminant sa vie en Allemagne dans le dénuement.


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