De leur premier propriétaire, François Ier, à leur dernier, Henri, duc de Bordeaux, en passant par Gaston d’Orléans, Louis XIV, Stanislas Leszczynski et Maurice de Saxe, le château de Chambord et son impressionnant domaine de chasse sont associés aux grands hommes de l’Histoire de France. Mais ce fleuron de l’architecture de la Renaissance, établi au coeur des terres marécageuses de Sologne à partir de 1519 et qui a connu de nombreuses péripéties à travers les régimes politiques successifs avant de devenir propriété de l’État en 1930, a aussi été marqué par la présence de nombreuses femmes, qu’elles soient de sang royal, de l’aristocratie ou du commun.
De célèbres légendes concernent l’univers féminin à Chambord, la plus connue de toutes étant la fameuse maxime, attribuée à François Ier, inscrite sur le vitrail d’un cabinet du château : « Souvent femme varie, mal habil qui s’y fie. » On narre aussi une scène pleine de sensualité lors de la visite de Charles Quint en décembre 1539, à l’approche de la fin des travaux du château, qui avait été accueilli par un groupe de nymphes et de dianes chasseresses chantant des hymnes à sa gloire et jetant des pétales de fleurs sous ses pas. Mais, loin de ces mythes historiques, les femmes ont entretenu, dès les premiers travaux du château, un lien fort avec Chambord.
C’est notamment le cas des quelques privilégiées appartenant à la “petite bande du roi”.
LA TRINITÉ D’ANGOULÊME
On trouve tout d’abord les deux femmes qui composent, avec le roi François Ier, ce que les observateurs de l’époque et les historiens appellent la Trinité d’Angoulême. Il s’agit de sa femme, Claude de France, et de sa mère, Louise de Savoie. La première, en tant que comtesse de Blois, est la véritable propriétaire du château et des terres de Chambord. Elle est présente à plusieurs reprises sur le chantier et elle assiste à la bénédiction de la première pierre du bâtiment, le 9 octobre 1519, avant de revenir pour une nouvelle visite trois mois plus tard. Tout aussi compétente en matière d’architecture que son mari (elle a notamment suivi les travaux du château de Blois), elle est impliquée au même titre que le roi sur ce projet grandiose, jusqu’à sa mort en 1524.
La mère de François Ier s’est également investie dans l’édification du château royal. Présente avec le roi et sa belle-fille lors de la cérémonie d’inauguration du chantier en 1519, elle a de grandes connaissances en architecture (elle a en effet fait doubler le château de Romorantin), si bien que son fils lui demande de réaliser des visites d’inspection des travaux. Deux éléments du château témoignent de son passage à Chambord. Le premier est l’un des chapiteaux de l’enceinte, proche de la porte d’entrée, qui porte l’allégorie de la Prudence, une référence directe au surnom de la reine mère : Dame Prudence. Le deuxième est une sculpture de femme devant un miroir dont la robe présente un pli en forme de 8 rappelant le nœud de Savoie, l’un des emblèmes de Louise. Elle meurt en 1531 et ne verra pas le château achevé.

Chambord aérien
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LA PETITE BANDE DU ROI
Parmi la troupe qui accompagne François Ier lors de ses voyages à travers ses différents domaines, sa soeur, Marguerite d’Angoulême, occupe une place très importante. Elle participe à l’architecture et au suivi de chantier, et visite Chambord à trois reprises : en 1519, 1536 et 1545. Lors de son deuxième passage, elle prend note de l’achèvement officiel du donjon, du gros oeuvre et des extérieurs, mais aussi de la dorure au plomb des toits, qu’elle juge “parfaite”. En 1545, lors du plus long séjour de François Ier à Chambord, elle occupe les nouveaux bâtiments du corps de logis du roi, tout juste achevés.
On retrouve aussi, lors de ce passage de deux semaines de la cour à Chambord, la deuxième épouse du roi, Éléonore d’Autriche, ainsi que sa favorite, Anne de Pisseleu, duchesse d’Étampes. Selon la dénomination actuelle, cette dernière aurait occupé l’appartement situé juste au-dessus de celui du roi, dans la tour Robert de Parme, aujourd’hui appelé “logis de la duchesse d’Étampes”, mais rien ne semble prouver cette affirmation.
CATHERINE DE MÉDICIS ET LA COUR D’HENRI II
Mariée à Henri II, fils de François Ier, avec qui elle partage la passion de l’architecture, puis reine mère de trois rois successifs, Catherine de Médicis est certainement le personnage de la famille royale à avoir passé le plus de temps à Chambord. Présente lors du séjour de 1545, elle revient à de nombreuses reprises au château, notamment en 1550, 1552 et 1556, avec son mari. Et elle y séjourne aussi sous le règne de chacun de ses fils, avec François II en 1559, Charles IX en 1566, puis Henri III en 1575. Lors de cette visite, elle organise la réconciliation entre le roi et son frère, François-Hercule, duc d’Alençon, si bien que
Chambord devient le symbole de la concorde familiale.
Enfin, elle y invite l’ambassadeur d’Angleterre en 1581 pour discuter du mariage entre François-Hercule et Élisabeth d’Angleterre. Fille de François Ier, Marguerite de France visite Chambord en 1550 avec son frère Henri II, tout comme la belle fille du roi, Marie Stuart, reine d’Écosse puis reine de France, qui y séjourne à plusieurs reprises. La favorite d’Henri II, Diane de Poitiers, occupe un appartement du rez-de-chaussée en 1550, aux côtés de sa fille Françoise de Brézé, première dame d’honneur de Catherine de Médicis.
FEMMES ADMINISTRATRICES, FEMMES
D’ARTISANS ET FEMMES DU PEUPLE
Lorsque le château n’était pas occupé (soit la majeure partie du temps), un gouverneur était chargé de sa gestion, et ce poste a été occupé par deux femmes, qui ont chacune reçu cette charge importante après la mort de leur mari respectif.
La première est Anne Gédouin, veuve du gouverneur de Blois, qui a été nommée gouverneure de la maison royale de Chambord en 1543. Elle est l’interlocutrice du roi pour tout ce qui concerne l’administration et les finances du château, ainsi que la garde des meubles et des chambres. Sa fille, Léonore Le Breton, veuve de Claude Burgensis, est quant à elle investie en 1568, et elle le reste pendant 28 ans, jusqu’à sa mort en 1596.
D’autres femmes, du commun, apparaissent dans les archives du château et des villages environnants. Citons notamment deux épouses de Gonnin Collombet, un maître maçon savoyard qui passe 30 ans sur le chantier de Chambord. Il s’agit de Mathurine Archambault, originaire de Muides, et de Marie Briques, elle aussi native de la région.
Enfin, des femmes du peuple ont aussi été associées à Chambord dans les archives royales, notamment lors d’une visite du domaine effectuée par Henri II en 1547. Quelques habitantes fort modestes sont évoquées de manière anonyme, et une seule est nommée. Il s’agit de la Chailloue, habitant La Chaussée-le-Comte et propriétaire d’“une demi-vache” qui paît dans le parc.
Loin des idées reçues d’un château et d’un domaine exclusivement occupés par des hommes passant leur temps à chasser, Chambord a depuis ses origines été investi aussi par les femmes, et ce quel que fût leur rang.






